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UE B.3 · Pratiques et interventions infirmières

Paramètres vitaux

Comprendre et surveiller les paramètres vitaux : pression artérielle, fréquence cardiaque, saturation en oxygène, fréquence respiratoire, température, glycémie et diurèse. Découvrez les valeurs de référence chez l’adulte et l’enfant.

SOMMAIRE

Julie VIOLET
Auteure de la fiche · En savoir plus →
Dernière mise à jour : 06/11/2026
Sources
Code de la santé publique — Exercice de la profession infirmière ↗ Légifrance — dispositions réglementaires relatives à l'exercice infirmier et à la surveillance clinique
Prise en charge du sepsis du nouveau-né, de l'enfant et de l'adulte ↗ Haute Autorité de santé (HAS) — 2025. Annexe 3 : valeurs de référence pédiatriques de fréquence cardiaque, fréquence respiratoire et pression artérielle
British Thoracic Society Guideline for Oxygen Use in Adults ↗ British Thoracic Society — 2017. Surveillance de la saturation en oxygène et objectifs d'oxygénothérapie chez l'adulte
Comprendre et gérer la fièvre chez l'enfant ↗ Assurance Maladie — mesure de la température, définition de la fièvre et surveillance pédiatrique
Hypoglycémie chez l'adulte et l'enfant ↗ Société française d'endocrinologie — définition, manifestations cliniques et surveillance de l'hypoglycémie
Diagnosis, evaluation, and management of acute kidney injury ↗ KDIGO — 2012, synthèse publiée en 2013. Critères de diminution de la diurèse dans l'insuffisance rénale aiguë
tableau paramètres vitaux

Les paramètres vitaux sont des indicateurs physiologiques permettant d’évaluer l’état clinique d’une personne, de suivre son évolution et de détecter précocement une éventuelle dégradation de son état de santé.

Leur surveillance fait partie des compétences essentielles de l’infirmier. Elle repose sur des mesures fiables, une interprétation adaptée à l’âge et au contexte clinique, ainsi que sur la transmission des anomalies observées.

I. Législation

La surveillance des paramètres vitaux s’inscrit dans le rôle propre infirmier, conformément aux dispositions du Code de la santé publique relatives à l’exercice de la profession infirmière, notamment les articles R.4311-1 et suivants.

Elle permet de :

  • Recueillir des données sur l'état de santé du patient.
  • Évaluer l'évolution de son état clinique.
  • Détecter précocement une anomalie.
  • Évaluer les effets des traitements et des soins.
  • Adapter la surveillance et alerter si nécessaire.

Les principaux paramètres surveillés sont la pression artérielle, la fréquence cardiaque, la saturation en oxygène, la fréquence respiratoire, la température, la glycémie et la diurèse.

Les valeurs de référence varient selon l’âge, l’état physiologique et le contexte clinique. Une valeur isolée doit toujours être interprétée en tenant compte des antécédents, des traitements, des symptômes et des mesures précédentes.

II. Pression artérielle

La pression artérielle (PA) correspond à la pression exercée par le sang sur la paroi des artères. Elle dépend principalement du débit cardiaque et des résistances vasculaires périphériques.

Elle s’exprime en millimètres de mercure (mmHg).

 

Définitions
  • Pression artérielle systolique (PAS) : pression maximale exercée sur les artères lors de la contraction des ventricules (systole).
  • Pression artérielle diastolique (PAD) : pression minimale exercée sur les artères pendant la relaxation ventriculaire (diastole).
  • Pression artérielle moyenne (PAM) : pression moyenne au cours d’un cycle cardiaque, utilisée notamment pour apprécier la pression de perfusion des organes.

À fréquence cardiaque normale, la PAM peut être estimée par la formule :

PAM ≈ PAS + (2 × PAD) 3
Valeurs de référence
Chez l'adulte
Paramètre Valeur
Valeur indicative au repos 120/80 mmHg
Hypotension artérielle Généralement PAS < 90 mmHg
Hypertension artérielle en consultation PAS ≥ 140 mmHg et/ou PAD ≥ 90 mmHg

Une mesure isolée élevée ne suffit pas à diagnostiquer une hypertension artérielle chronique.

Chez l'enfant

La pression artérielle augmente progressivement avec l'âge. Son interprétation dépend également du sexe et de la taille.

Âge PAS médiane indicative
1 mois 75 mmHg
1 an 95 mmHg
5 ans 100 mmHg
10 ans 110 mmHg

Repères de pression artérielle systolique issus des données pédiatriques reprises dans l'annexe 5 du référentiel HAS 2025 sur le sepsis. Ces valeurs médianes ne sont pas des seuils d'hypotension.

Surveillance infirmière

La mesure doit être réalisée avec un brassard adapté à la circonférence du bras, idéalement après quelques minutes de repos, le bras soutenu à hauteur du cœur.

La pression artérielle varie notamment selon l’activité physique, la douleur, le stress, la position et les traitements.

Une valeur inhabituelle doit être confrontée aux mesures précédentes et aux signes cliniques associés : vertiges, malaise, céphalées, troubles visuels ou signes de mauvaise perfusion.

III. Fréquence cardiaque

La fréquence cardiaque (FC) correspond au nombre de battements cardiaques par minute. Elle s’exprime en battements par minute (bpm).

Elle peut être mesurée par palpation d’un pouls périphérique, auscultation ou monitorage cardiaque.

Valeurs de référence

La fréquence cardiaque est physiologiquement plus élevée chez le nourrisson et diminue progressivement avec l'âge.

Âge Fréquence cardiaque
1 mois 110–180 bpm
1 an 100–170 bpm
2 ans 90–160 bpm
5 ans 70–140 bpm
10 ans 60–120 bpm
Adulte 60–100 bpm

Repères pédiatriques repris de l'annexe 5 du référentiel HAS 2025 sur le sepsis. Ils correspondent à des âges de référence et doivent être interprétés selon l'état clinique.

Chez l'adulte
Bradycardie Fréquence cardiaque inférieure à 60 bpm.
Tachycardie Fréquence cardiaque supérieure à 100 bpm.

Une bradycardie peut être physiologique chez une personne sportive ou pendant le sommeil. Une tachycardie peut survenir lors d'un effort, d'une douleur, d'une fièvre, d'un stress ou d'une hypovolémie.

Caractéristiques du pouls

L’évaluation du pouls ne se limite pas à sa fréquence. Elle comprend également :

  • Rythme : régulier ou irrégulier.
  • Amplitude : pouls bien frappé, faible ou difficilement perceptible.
  • Symétrie : comparaison des pouls périphériques lorsque cela est indiqué.

 

Surveillance infirmière

Le pouls radial est fréquemment utilisé pour mesurer la fréquence cardiaque. En cas d’irrégularité, les pulsations doivent être comptées sur une minute.

Une anomalie doit être interprétée selon le contexte clinique et les signes associés, notamment une hypotension, une dyspnée, une douleur thoracique ou un malaise.

IV. Saturation en oxygène

La saturation en oxygène correspond au pourcentage d’hémoglobine liée à l’oxygène dans le sang.

Il convient de distinguer :

  • SaO₂ : saturation artérielle en oxygène mesurée sur un prélèvement sanguin artériel.
  • SpO₂ : estimation non invasive de la saturation artérielle en oxygène, obtenue par oxymétrie de pouls.

 

La SpO₂ est généralement mesurée à l’aide d’un capteur placé au doigt, mais d’autres sites peuvent être utilisés.

Valeurs de référence

Chez l'adulte sain en air ambiant, la SpO₂ se situe généralement entre 95 et 100 %.

Une SpO₂ inférieure ou égale à 90 % constitue un signal d'alerte important dans de nombreuses situations, sans qu'il faille attendre ce seuil pour réagir devant des signes de détresse respiratoire.
Objectifs de saturation sous oxygénothérapie en situation aiguë
Situation clinique Objectif de SpO₂
Patient sans risque d'insuffisance respiratoire hypercapnique 94–98 %
Patient à risque d'insuffisance respiratoire hypercapnique 88–92 %, selon le contexte et les prescriptions.

Ces valeurs sont des objectifs thérapeutiques, et non des normes physiologiques.

Chez l'enfant

Chez l'enfant, la SpO₂ habituelle est généralement comparable à celle de l'adulte après la période de transition néonatale. Les nouveau-nés immédiatement après la naissance présentent une augmentation progressive de leur saturation, avec des objectifs spécifiques.

Limites de la mesure

La fiabilité de l’oxymètre peut être altérée par :

  • Les mouvements du patient.
  • Une mauvaise perfusion périphérique ou des extrémités froides.
  • Un mauvais positionnement du capteur.
  • Certains vernis à ongles.
  • Une intoxication au monoxyde de carbone.

 

La précision de certains oxymètres peut également être moindre chez les personnes présentant une pigmentation cutanée foncée, avec un risque de surestimation de la saturation.

Une SpO₂ normale n’exclut pas une détresse respiratoire, notamment lorsqu’il existe un trouble de la ventilation.

 

Surveillance infirmière

La saturation doit toujours être interprétée avec la fréquence respiratoire, les signes de lutte, la coloration cutanée et l’état de conscience.

Une désaturation inhabituelle nécessite de vérifier la qualité du signal et d’évaluer rapidement l’état respiratoire, sans retarder l’alerte devant des signes de gravité.

V. Fréquence respiratoire

La fréquence respiratoire (FR) correspond au nombre de cycles respiratoires par minute. Un cycle comprend une inspiration et une expiration.

Elle s’exprime en cycles par minute.

Valeurs de référence

La fréquence respiratoire est physiologiquement plus élevée chez le nourrisson et diminue progressivement avec l'âge.

Âge Fréquence respiratoire
1 mois 25–60/min
1 an 20–50/min
2 ans 18–40/min
5 ans 17–30/min
10 ans 14–25/min
Adulte 12–20/min

Repères pédiatriques repris de l'annexe 5 du référentiel HAS 2025 sur le sepsis. Ils correspondent à des âges de référence et doivent être interprétés selon le contexte clinique.

Chez l'adulte
Bradypnée Fréquence respiratoire inférieure à 12/min.
Tachypnée Fréquence respiratoire supérieure à 20/min.
Apnée Arrêt des mouvements respiratoires.
Caractéristiques de la respiration

L’évaluation respiratoire comprend également l’observation :

  • Rythme : régulier ou irrégulier.
  • Amplitude : respiration superficielle ou profonde.
  • Effort respiratoire : présence de tirage, utilisation des muscles accessoires ou battement des ailes du nez.
  • Signes associés : dyspnée, cyanose, sueurs, agitation ou altération de la conscience.

 

Surveillance infirmière

La fréquence respiratoire se mesure en observant les mouvements thoraciques ou abdominaux, idéalement sans attirer l’attention du patient sur sa respiration.

Le comptage sur une minute permet une mesure plus fiable, particulièrement lorsque le rythme est irrégulier.

Une modification de la fréquence respiratoire peut constituer un signe précoce de dégradation clinique, parfois avant l’apparition d’une désaturation.

VI. Température

La température corporelle résulte de l’équilibre entre la production et les pertes de chaleur de l’organisme.

Elle varie selon l’âge, le moment de la journée, l’activité physique, l’environnement et le site de mesure.

Elle s’exprime en degrés Celsius (°C).

Valeurs de référence
Paramètre Valeur
Température habituelle Environ 36,5–37,5 °C
Fièvre Généralement ≥ 38 °C
Hypothermie Température centrale < 35 °C

Les valeurs doivent être interprétées selon la méthode de mesure utilisée.

Particularité pédiatrique
Une température d'au moins 38 °C chez un nourrisson de moins de trois mois nécessite une évaluation médicale urgente.
Méthodes de mesure

La température peut être mesurée par différentes voies :

  • Tympanique : mesure rapide, nécessitant un bon positionnement du dispositif.
  • Axillaire : non invasive, mais moins représentative de la température centrale.
  • Buccale : influencée notamment par la consommation récente de boissons chaudes ou froides.
  • Rectale : proche de la température centrale, mais invasive et non adaptée à toutes les situations.

 

Surveillance infirmière

La température doit être interprétée en recherchant les signes associés : frissons, sueurs, altération de l’état général ou signes infectieux.

Une température normale n’exclut pas une infection, notamment chez la personne âgée ou immunodéprimée.

VII. Glycémie

La glycémie correspond à la concentration de glucose dans le sang.

Elle s’exprime en grammes par litre (g/L) ou en millimoles par litre (mmol/L).

Elle peut être mesurée à partir d’un prélèvement veineux ou par glycémie capillaire à l’aide d’un lecteur adapté.

Valeurs de référence
Paramètre Valeur
Glycémie à jeun habituelle Environ 0,70–1,10 g/L
Seuil d'alerte hypoglycémique chez le patient diabétique < 0,70 g/L (3,9 mmol/L)
Hypoglycémie cliniquement significative chez le patient diabétique < 0,54 g/L (3,0 mmol/L)
Hyperglycémie modérée à jeun 1,10–1,25 g/L
Seuil diagnostique de diabète à jeun ≥ 1,26 g/L (7,0 mmol/L), à confirmer selon les critères diagnostiques

Une glycémie supérieure à 1,10 g/L après un repas n'est pas nécessairement pathologique. Son interprétation dépend du moment de la mesure et du contexte clinique.

Particularité néonatale

Chez le nouveau-né, les valeurs et les seuils d'intervention sont spécifiques et dépendent notamment de l'âge postnatal et des facteurs de risque.

Hypoglycémie

L’hypoglycémie peut se manifester par :

  • Sueurs, tremblements et pâleur.
  • Palpitations et sensation de faim.
  • Troubles de la concentration ou du comportement.
  • Confusion, convulsions ou perte de connaissance dans les formes graves.

 

Une hypoglycémie sévère se caractérise par la nécessité d’une assistance pour sa prise en charge, indépendamment de la valeur glycémique.

 

Hyperglycémie

L’hyperglycémie peut notamment s’accompagner d’une soif importante, d’une augmentation de la diurèse, d’une fatigue ou de signes de décompensation métabolique.

 

Surveillance infirmière

La glycémie doit être interprétée selon les repas, les traitements, les antécédents et les symptômes du patient.

Lors d’une mesure capillaire, les mains doivent être propres et sèches afin de limiter les erreurs de mesure.

Une hypoglycémie suspectée ou confirmée nécessite une prise en charge rapide, adaptée à l’état de conscience et à la capacité de déglutition du patient.

VIII. Diurèse

La diurèse correspond au volume d’urines émises pendant une période déterminée.

Elle constitue un indicateur de la fonction rénale, de la perfusion rénale et de l’équilibre hydrique.

Elle s’exprime en millilitres par 24 heures (mL/24 h) ou en millilitres par kilogramme et par heure (mL/kg/h).

Valeurs de référence
Chez l'adulte

Chez l'adulte, la diurèse quotidienne est généralement comprise entre 1 et 2 litres par 24 heures, selon les apports hydriques et les pertes.

Paramètre Valeur
Diurèse horaire usuelle Environ 0,5–1 mL/kg/h
Oligurie < 500 mL/24 h
Anurie Absence ou quasi-absence d'urines, généralement < 100 mL/24 h
Polyurie > 3 L/24 h
Chez l'enfant

Chez l'enfant, la diurèse doit être interprétée selon l'âge et le poids.

À titre de repère, certains protocoles de surveillance pédiatrique utilisent un objectif supérieur à 1 mL/kg/h chez l'enfant, et supérieur à 0,5 mL/kg/h chez l'adolescent. Ces valeurs dépendent du contexte clinique et ne constituent pas des normes universelles.

Calcul de la diurèse horaire

La diurèse horaire rapportée au poids se calcule selon la formule :

Diurèse (mL/kg/h) = Volume urinaire (mL) Poids (kg) × Durée (h)
Exemple

Un patient de 70 kg présente une diurèse de 210 mL sur 6 heures.

210 70 × 6 = 0,5 mL/kg/h

Une diurèse inférieure à 0,5 mL/kg/h pendant au moins 6 heures constitue notamment un critère d'insuffisance rénale aiguë.

Surveillance infirmière

La surveillance porte sur le volume, la fréquence et l’aspect des urines, ainsi que sur les apports et les pertes hydriques.

Une diminution de la diurèse peut notamment être liée à une déshydratation, une hypovolémie, une altération de la fonction rénale ou un obstacle à l’écoulement des urines.

En présence d’une sonde urinaire, il convient également de vérifier l’absence de coudure ou d’obstruction du système de drainage.

Une diurèse très faible ou absente nécessite une évaluation rapide et une alerte adaptée à la situation clinique.

Pour résumer

paramètres vitaux