Histoire et évolution de la profession infirmière

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Julie VIOLET
Auteure de la fiche · En savoir plus →
Dernière mise à jour : 29/08/2026
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Histoire de la profession infirmière en France Recherche en soins infirmiers
Profession infirmière : histoire et évolution des pratiques Recherche en soins infirmiers
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Infirmier et infirmière en France Les minutes de Jérémy

La profession infirmière s’est profondément transformée au cours de l’histoire. D’abord associées à l’entraide, à la charité et aux institutions religieuses, les pratiques de soin se sont progressivement professionnalisées sous l’influence des évolutions scientifiques, sociales et législatives.

La création de formations spécifiques, la reconnaissance d’un diplôme, l’apparition du rôle propre puis l’élargissement progressif des compétences ont contribué à construire la profession infirmière telle qu’elle existe aujourd’hui.

Les évolutions législatives de 2025 et 2026 marquent une nouvelle étape de cette histoire, avec notamment la reconnaissance de la consultation infirmière, du diagnostic infirmier et l’élargissement du droit de prescription.

I. Des pratiques de soin à la naissance d’une profession

Les pratiques de soin existent depuis l’Antiquité, bien avant l’apparition de la profession infirmière. Elles sont initialement liées à la nécessité de prendre soin des personnes malades, blessées, âgées ou dépendantes et évoluent selon les conceptions de la santé et de la maladie propres à chaque époque.

Au Moyen Âge, en Europe occidentale, l’accueil et le soin des personnes malades sont notamment assurés par des communautés religieuses. Les Hôtels-Dieu, généralement fondés à proximité des établissements religieux, accueillent les malades mais également les personnes pauvres, âgées ou sans ressources.

Le soin est alors essentiellement associé à une mission de charité et d’assistance. Il repose davantage sur le dévouement et l’expérience que sur une formation spécifique : la profession infirmière, telle qu’on la connaît aujourd’hui, n’existe pas encore.

À partir de la fin du XVIIIe siècle et surtout au cours du XIXe siècle, les transformations de la société, la laïcisation progressive des établissements hospitaliers et les progrès de la médecine modifient l’organisation des soins.

Le besoin de disposer de personnes spécifiquement formées pour prendre soin des malades commence progressivement à s’imposer.

II. XIXe siècle : vers la professionnalisation des soins

Au XIXe siècle, les progrès scientifiques et médicaux transforment progressivement les pratiques de soin. Le développement de l’hygiène, de l’antisepsie et de l’asepsie ainsi que les découvertes liées aux micro-organismes permettent notamment de mieux comprendre et prévenir les infections.

Les travaux de Louis Pasteur (1822-1895) participent à cette évolution en démontrant le rôle des micro-organismes dans les phénomènes de fermentation et certaines maladies. Ces découvertes contribuent à modifier durablement les pratiques médicales et hospitalières.

Parallèlement, les établissements hospitaliers se transforment. En France, le mouvement de laïcisation des hôpitaux s’accompagne progressivement de la volonté de remplacer un personnel essentiellement religieux par un personnel soignant laïc et formé.

Le médecin et homme politique Désiré-Magloire Bourneville (1840-1909) joue un rôle important dans ce mouvement. Il défend la nécessité d’une formation spécifique du personnel infirmier.

1878
Une étape vers la formation professionnelle

Sous l'impulsion de Désiré-Magloire Bourneville, une école municipale d'infirmiers et d'infirmières est créée à l'hôpital de la Salpêtrière à Paris. Elle participe au développement d'une formation professionnelle et laïque du personnel soignant.

À la fin du XIXe siècle, les soins commencent ainsi à s’inscrire dans une logique nouvelle : prendre soin des malades nécessite progressivement des connaissances, des règles d’hygiène et une formation spécifique.

Cette professionnalisation va s’accélérer avec plusieurs personnalités qui vont profondément influencer la formation et la reconnaissance des infirmières, en France comme à l’étranger.

III. Florence Nightingale et les soins infirmiers modernes

Florence Nightingale (1820-1910), infirmière britannique, est considérée comme l’une des figures majeures de l’histoire des soins infirmiers modernes.

Son action est particulièrement marquante pendant la guerre de Crimée (1853-1856). Auprès des soldats blessés, elle contribue à améliorer l’organisation des soins et accorde une importance particulière à l’hygiène, à l’environnement des malades, à leur alimentation et à l’observation de leur état de santé.

Elle s’appuie également sur le recueil et l’analyse de données statistiques pour étudier la mortalité et défendre l’amélioration des conditions sanitaires. Son approche contribue ainsi à montrer que les pratiques de soin peuvent être organisées, évaluées et fondées sur des connaissances.

En 1860, elle fonde la Nightingale Training School au St Thomas’ Hospital de Londres. La formation des infirmières y repose sur un enseignement structuré associé à une expérience clinique.

Ce qu'il faut retenir de Florence Nightingale
01 Former

Elle participe au développement d'une formation structurée et spécifique des infirmières.

02 Observer

Elle accorde une place importante à l'observation du malade et de son environnement.

03 Évaluer

Elle utilise des données statistiques pour analyser les résultats et contribuer à l'amélioration des soins.

Les travaux de Florence Nightingale participent ainsi à faire évoluer la représentation des soins infirmiers : soigner ne repose plus uniquement sur le dévouement et l’expérience, mais nécessite également une formation, des connaissances, une capacité d’observation et une organisation des soins.

Son influence dépasse le Royaume-Uni et participe au mouvement de professionnalisation des soins infirmiers dans de nombreux pays.

IV. La professionnalisation en France

Au début du XXe siècle, la formation des infirmières se développe progressivement en France. Plusieurs personnalités contribuent à faire reconnaître la nécessité d’un enseignement spécifique et structuré pour exercer auprès des personnes malades.

Anna Hamilton (1864-1935), médecin, joue un rôle important dans ce mouvement. À la Maison de santé protestante de Bordeaux, dont elle prend la direction en 1901, elle développe une formation professionnelle des gardes-malades inspirée notamment du modèle de Florence Nightingale.

Elle défend une conception dans laquelle les infirmières doivent disposer d’une véritable formation professionnelle, associant enseignements et apprentissage pratique auprès des malades.

Léonie Chaptal (1873-1937) contribue également à la structuration de la profession. En 1905, elle crée à Paris une maison-école destinée à la formation des infirmières. Elle participe ensuite activement aux réflexions concernant l’organisation et la reconnaissance de la formation infirmière en France.

Ces initiatives participent progressivement à faire émerger une profes

1922
Première reconnaissance nationale d'un titre infirmier

Le décret du 27 juin 1922 institue un brevet de capacité professionnelle permettant de porter le titre d'« infirmière diplômée de l'État français ». La formation infirmière bénéficie ainsi d'une reconnaissance nationale.

 

La création de ce titre constitue une étape majeure dans la reconnaissance et la professionnalisation des infirmières. L’exercice tend progressivement à ne plus reposer uniquement sur l’expérience acquise auprès des malades : il s’appuie désormais sur une formation organisée conduisant à une qualification reconnue.

Cependant, la profession reste encore largement définie par sa relation avec la médecine. Il faudra attendre les décennies suivantes pour voir progressivement apparaître la reconnaissance d’un champ de compétences propre à l’infirmier.

 

V. De la reconnaissance professionnelle au rôle propre

1946 : une définition légale de la profession

La loi du 8 avril 1946 constitue une étape importante dans la reconnaissance légale de la profession infirmière en France. Elle inscrit dans le Code de la santé publique une définition de l’exercice infirmier.

À cette époque, la profession est essentiellement définie par la réalisation de soins prescrits par un médecin. L’infirmière est donc principalement envisagée dans une relation de dépendance vis-à-vis de la prescription médicale.

Cette définition témoigne de la place occupée par l’infirmière dans le système de soins de l’époque : la profession est reconnue, mais son autonomie professionnelle reste limitée.

 

1978 : la reconnaissance du rôle propre

Une évolution majeure intervient avec la loi du 31 mai 1978. Elle introduit dans la définition de la profession la possibilité pour l’infirmier de réaliser des soins non seulement sur prescription ou conseil médical, mais également en fonction du rôle propre qui lui est dévolu.

La reconnaissance du rôle propre constitue un tournant : certaines décisions et interventions relèvent désormais de la responsabilité et de l’initiative infirmières, dans le cadre défini par la réglementation.

Une évolution majeure de la profession
1946 Une profession reconnue

L'exercice infirmier est principalement défini autour des soins prescrits par le médecin.

1978 Un rôle propre reconnu

La loi reconnaît des soins relevant de l'initiative et de la responsabilité infirmières.

Cette évolution modifie progressivement la conception du métier infirmier. L’infirmier n’est plus uniquement chargé d’exécuter une prescription : il dispose également d’un champ d’intervention qui lui est propre, dans lequel il évalue les besoins de la personne, prend des initiatives et organise les soins relevant de sa compétence.

La réglementation va ensuite préciser progressivement le contenu de ce rôle propre et les responsabilités qui lui sont associées.

VI. L’affirmation du rôle infirmier

1984 : le rôle propre se précise

Le décret du 17 juillet 1984 relatif aux actes professionnels et à l’exercice de la profession infirmière précise les soins relevant du rôle propre infirmier.

Dans ce cadre, l’infirmier accomplit les soins liés aux fonctions d’entretien et de continuité de la vie visant notamment à compenser un manque ou une diminution d’autonomie de la personne.

Le cadre réglementaire de l’exercice infirmier continue ensuite d’évoluer. Les textes successifs précisent progressivement les actes relevant de la profession et renforcent la reconnaissance de la responsabilité infirmière dans la prise en soin.

 

1993 : le diagnostic infirmier apparaît dans la réglementation

Le décret du 15 mars 1993 constitue une nouvelle étape. Dans le cadre de son rôle propre, l’infirmier identifie les besoins de la personne, pose un diagnostic infirmier, formule des objectifs de soins, met en œuvre les actions appropriées et les évalue.

En 2002, un nouveau décret relatif aux actes professionnels et à l’exercice de la profession infirmière actualise ce cadre. Ses dispositions seront ensuite intégrées au Code de la santé publique.

Au fil de ces évolutions, les soins infirmiers sont de plus en plus envisagés dans leur globalité : ils associent dimensions technique, relationnelle, éducative et préventive, tout en tenant compte de la personne et de son environnement.

 

2006 : création de l’Ordre national des infirmiers

La loi du 21 décembre 2006 crée l’Ordre national des infirmiers.

L’Ordre contribue notamment à veiller au maintien des principes d’éthique, de moralité, de probité et de compétence indispensables à l’exercice de la profession et au respect des règles professionnelles.

Cette création constitue une nouvelle étape dans la structuration et la représentation de la profession infirmière.

Entre la reconnaissance du rôle propre en 1978 et le début des années 2000, le cadre réglementaire affirme progressivement une pratique infirmière reposant sur des compétences propres, une démarche clinique et une responsabilité professionnelle.

VII. Universitarisation et élargissement des compétences

2009 : une formation fondée sur les compétences

L’arrêté du 31 juillet 2009 relatif au diplôme d’État d’infirmier réforme profondément la formation infirmière.

La formation s’organise autour d’un référentiel d’activités et d’un référentiel de compétences. Elle repose sur l’alternance entre enseignements théoriques et formation clinique et accorde une place importante au raisonnement clinique, à l’analyse des situations professionnelles et à la posture réflexive.

Le diplôme d’État d’infirmier s’inscrit dans le système universitaire européen licence-master-doctorat (LMD) et confère le grade de licence, correspondant à 180 crédits européens (ECTS).

Cette réforme constitue une étape importante dans le processus d’universitarisation de la formation infirmière et dans la reconnaissance des compétences nécessaires à l’exercice de la profession.

 

Un élargissement progressif des compétences

Au cours des années suivantes, le champ d’intervention des infirmiers continue d’évoluer. Les compétences en matière de prévention, vaccination, prescription de certains dispositifs médicaux et produits de santé, coordination des parcours et coopération entre professionnels sont progressivement développées.

Ces évolutions témoignent d’une transformation du rôle infirmier, qui ne se limite plus à la réalisation de soins mais prend une place croissante dans la prévention, l’accompagnement, la coordination et le suivi des patients.

 

2018 : création de la pratique avancée infirmière

La pratique avancée infirmière est introduite en France en 2018.

L’infirmier en pratique avancée (IPA) dispose, après une formation universitaire de niveau master, de compétences élargies dans des domaines d’intervention définis par la réglementation.

Selon son domaine d’intervention, il peut notamment conduire un entretien et réaliser une anamnèse, effectuer des actes d’évaluation et de surveillance clinique, prescrire certains examens ou produits de santé et renouveler ou adapter certaines prescriptions dans le cadre réglementaire applicable.

La pratique avancée constitue ainsi une nouvelle étape dans le développement de l’expertise et de l’autonomie infirmières.

Une profession en transformation

Entre 2009 et 2025, l'évolution de la formation et l'élargissement progressif des compétences renforcent la place de l'infirmier dans la prévention, l'évaluation clinique, la coordination des parcours et le suivi des patients.

VIII. 2025-2026 : une nouvelle étape pour la profession infirmière

2025 : une nouvelle définition de la profession infirmière

La loi du 27 juin 2025 sur la profession d’infirmier constitue une nouvelle étape importante dans l’évolution de la profession. Elle modifie notamment l’article L. 4311-1 du Code de la santé publique et redéfinit les missions et le champ d’exercice de l’infirmier.

Cette évolution reconnaît explicitement plusieurs dimensions de l’exercice infirmier, parmi lesquelles la consultation infirmière, le diagnostic infirmier et la possibilité de prescrire certains produits de santé et examens complémentaires nécessaires à l’exercice de la profession, dans les conditions prévues par la réglementation.

Elle traduit ainsi une évolution du positionnement de l’infirmier dans le système de santé et renforce la reconnaissance de son autonomie et de ses compétences propres.

 

2026 : de nouvelles compétences précisées par les textes

En juin 2026, de nouveaux textes réglementaires viennent préciser les actes et soins pouvant être réalisés par les infirmiers ainsi que les produits de santé et examens complémentaires qu’ils sont autorisés à prescrire ou à renouveler.

Le droit de prescription infirmier concerne désormais, selon les situations et conditions prévues par les textes, différents produits de santé et examens complémentaires : certains vaccins, antalgiques de palier I, solutions et antiseptiques, dispositifs médicaux ainsi que certains examens biologiques comme la NFS, l’ionogramme sanguin ou l’ECBU.

 

2026 : la formation infirmière évolue également

L’arrêté du 20 février 2026 relatif au diplôme d’État d’infirmier instaure un nouveau référentiel de formation, applicable aux étudiants entrant en formation à partir de la rentrée 2026.

Le diplôme reste organisé sur six semestres et 180 ECTS, est enregistré au niveau 6 et confère le grade de licence. La formation s’organise désormais autour de cinq domaines de compétences.

Le nouveau référentiel renforce notamment la place des sciences infirmières, du raisonnement clinique et du jugement clinique, en cohérence avec l’évolution des missions et des compétences de la profession. Le domaine A est ainsi consacré aux « sciences infirmières et raisonnement clinique ».

UNE NOUVELLE ÉTAPE
2025-2026 : l'évolution de la profession se poursuit

Consultation infirmière, diagnostic infirmier, élargissement du droit de prescription et nouveau référentiel de formation témoignent d'une évolution du champ de compétences et de l'autonomie professionnelle de l'infirmier.

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IX. Les dates clés à retenir

Les grandes étapes de l'évolution de la profession infirmière

Des premières formations à l'élargissement des compétences, retrouve les principaux jalons à connaître.

1860
Florence Nightingale

Création de la Nightingale Training School à Londres.

1878
Premières formations laïques

Développement d'une formation professionnelle du personnel infirmier à Paris.

1922
Reconnaissance nationale

Création du brevet de capacité professionnelle permettant de porter le titre d'infirmière diplômée de l'État français.

1946
Définition légale

La profession infirmière est définie dans le Code de la santé publique.

1978
Reconnaissance du rôle propre

La loi reconnaît l'existence de soins réalisés en application du rôle propre infirmier.

1981
La fonction infirmière se précise

Analyse, organisation et évaluation des soins sont inscrites dans la définition de la fonction infirmière.

1993
Diagnostic infirmier

Le diagnostic infirmier est explicitement intégré au cadre réglementaire du rôle propre.

2006
Ordre national des infirmiers

Création de l'Ordre national des infirmiers.

2009
Universitarisation

Nouveau référentiel de formation fondé sur les compétences et reconnaissance du grade de licence.

2018
Pratique avancée

Création de l'exercice infirmier en pratique avancée en France.

2025
Nouvelle définition de la profession

La consultation infirmière, le diagnostic infirmier et le droit de prescription sont notamment inscrits dans la loi.

2026
Nouvelles compétences et nouvelle formation

Évolution du champ d'exercice et entrée en vigueur du nouveau référentiel de formation infirmière.

À retenir

L’histoire de la profession infirmière est marquée par une professionnalisation progressive des soins, le développement d’une formation spécifique et la reconnaissance d’un champ de compétences propre.

La reconnaissance du rôle propre en 1978 constitue une étape majeure : l’infirmier n’est plus uniquement défini par la réalisation de soins sur prescription médicale.

Au fil des réformes, ses missions et responsabilités se développent dans les domaines du raisonnement clinique, de la prévention, de l’éducation, de la coordination et du suivi des personnes.

Les évolutions de 2025 et 2026 poursuivent cette dynamique en renforçant la reconnaissance des compétences et de l’autonomie infirmières, notamment avec la consultation infirmière et l’évolution du droit de prescription. La loi du 27 juin 2025 constitue à ce titre un nouveau jalon majeur dans la définition légale de la profession.

Pour résumer

histoire et évolution de la profession infirmière