Hypertension artérielle

Sources

2024 ESC clinical practice guidelines for the management of elevated blood pressure and hypertension

Hypertension artérielle sur inserm.fr

Hypertension artérielle sur vidal.fr

Julie VIOLET

Mis à jour le 14/08/2026

À retenir
Les points essentiels du cours
L'HTA est définie par une PA ≥ 140/90 mmHg. - Elle est le plus souvent asymptomatique et doit être confirmée par des mesures répétées. - Elle constitue un facteur majeur de risque cardiovasculaire, cérébral et rénal. - Une PA très élevée n'est une urgence hypertensive que s'il existe une atteinte aiguë d'un organe cible. - La prise en charge associe mesures hygiéno-diététiques, traitements antihypertenseurs et suivi régulier.

I. Définition

L’hypertension artérielle (HTA) est une maladie chronique caractérisée par une élévation persistante de la pression artérielle (PA).

Chez l’adulte, elle est définie par :

  • une pression artérielle systolique (PAS) ≥ 140 mmHg ;
  • et/ou une pression artérielle diastolique (PAD) ≥ 90 mmHg.

 

La pression artérielle correspond à la pression exercée par le sang sur la paroi des artères :

  • la PAS correspond à la pression maximale lors de la contraction ventriculaire ;
  • la PAD correspond à la pression minimale lors du relâchement ventriculaire.

 

Le diagnostic d’HTA ne repose généralement pas sur une mesure isolée mais sur la persistance de chiffres tensionnels élevés lors de mesures répétées.

On distingue :

  • l’HTA primaire ou essentielle : la plus fréquente, sans cause unique identifiable et d’origine multifactorielle ;
  • l’HTA secondaire : conséquence d’une maladie, d’un médicament ou d’une substance.

 

 

II. Physiopathologie

La pression artérielle dépend principalement du débit cardiaque et des résistances vasculaires périphériques :

PA = débit cardiaque × résistances vasculaires périphériques

L’HTA résulte d’un déséquilibre des mécanismes assurant la régulation de la pression artérielle.

Plusieurs mécanismes peuvent intervenir :

  • augmentation de l’activité du système nerveux sympathique ;
  • activation excessive du système rénine-angiotensine-aldostérone (SRAA) ;
  • rétention hydrosodée entraînant une augmentation de la volémie ;
  • augmentation des résistances vasculaires périphériques ;
  • dysfonction endothéliale ;
  • rigidification progressive des artères, notamment avec l’âge.

 

À long terme, l’augmentation de la pression exercée sur les parois vasculaires favorise un remodelage vasculaire et des lésions progressives des organes cibles : cœur, cerveau, reins, rétine et artères.

 

 

III. Facteurs de risque

Facteurs favorisant l’HTA

Facteurs modifiables :

  • surpoids et obésité ;
  • alimentation trop riche en sel ;
  • consommation excessive d’alcool ;
  • sédentarité ;
  • alimentation déséquilibrée ;
  • faible apport alimentaire en potassium.

 

Facteurs non ou peu modifiables :

  • âge ;
  • antécédents familiaux d’HTA ;
  • prédisposition génétique.

 

Le tabagisme, le diabète et les dyslipidémies ne sont pas considérés comme des causes directes majeures de l’HTA mais constituent des facteurs de risque cardiovasculaire associés qui augmentent le risque global de complications.

 

Causes d’HTA secondaire

Une HTA peut notamment être secondaire à :

  • une maladie rénale ;
  • une sténose d’une artère rénale ;
  • un hyperaldostéronisme primaire ;
  • un phéochromocytome ;
  • un syndrome de Cushing ;
  • certaines dysthyroïdies ;
  • un syndrome d’apnées obstructives du sommeil ;
  • une coarctation de l’aorte ;
  • certains médicaments ou substances : AINS, corticoïdes, contraceptifs œstroprogestatifs, sympathomimétiques, substances stimulantes…

 

Une HTA précoce, d’apparition brutale, particulièrement sévère ou résistante au traitement doit notamment faire rechercher une cause secondaire.

 

 

IV. Signes cliniques

L’HTA est le plus souvent asymptomatique. Elle peut ainsi évoluer pendant plusieurs années avant d’être diagnostiquée.

Certains symptômes peuvent être observés, notamment lors d’une élévation importante de la pression artérielle, mais ils sont peu spécifiques :

  • céphalées ;
  • vertiges ;
  • troubles visuels ;
  • acouphènes ;
  • palpitations ;
  • épistaxis.

 

Les manifestations peuvent également être celles d’une complication de l’HTA :

  • douleur thoracique ;
  • dyspnée ;
  • déficit neurologique ;
  • troubles de la conscience ;
  • troubles visuels importants ;
  • diminution de la diurèse.

 

 

V. Diagnostic

Le diagnostic repose sur la mise en évidence d’une élévation persistante de la pression artérielle.

 

Mesure de la pression artérielle

La pression artérielle doit être mesurée dans des conditions standardisées :

  • patient au repos depuis quelques minutes ;
  • position assise, dos soutenu ;
  • pieds posés au sol et jambes non croisées ;
  • bras détendu et soutenu, approximativement au niveau du cœur ;
  • brassard adapté à la circonférence du bras ;
  • réalisation de plusieurs mesures.

 

Lors de l’évaluation initiale, il est recommandé de mesurer la pression artérielle aux deux bras afin de rechercher une éventuelle différence.

 

Confirmation du diagnostic

Le diagnostic peut être confirmé par des mesures réalisées en dehors d’un environnement de soins :

Automesure tensionnelle (AMT)
Le patient mesure lui-même sa pression artérielle à domicile avec un tensiomètre adapté.

Mesure ambulatoire de la pression artérielle (MAPA)
Un appareil mesure automatiquement la pression artérielle à intervalles réguliers pendant environ 24 heures, au cours des périodes diurne et nocturne.

Ces techniques permettent notamment de rechercher :

  • une HTA blouse blanche : pression artérielle élevée dans l’environnement de soins mais normale en dehors ;
  • une HTA masquée : pression artérielle normale dans l’environnement de soins mais élevée en dehors.

 

Bilan initial

Il permet d’évaluer le risque cardiovasculaire, de rechercher une éventuelle cause secondaire et de dépister une atteinte des organes cibles.

Il comprend notamment :

  • interrogatoire et examen clinique ;
  • poids, taille et calcul de l’IMC ;
  • recherche des facteurs de risque cardiovasculaire ;
  • ECG ;
  • créatininémie avec estimation du débit de filtration glomérulaire ;
  • ionogramme sanguin ;
  • glycémie et/ou HbA1c ;
  • bilan lipidique ;
  • recherche d’une albuminurie/protéinurie et analyse urinaire.

 

D’autres examens peuvent être prescrits selon le contexte clinique.

 

 

VI. Évaluation de la gravité

La gravité d’une HTA ne dépend pas uniquement de la valeur de la pression artérielle.

Elle dépend notamment :

  • du niveau et de l’ancienneté de l’HTA ;
  • des autres facteurs de risque cardiovasculaire ;
  • des comorbidités ;
  • de la présence d’une atteinte des organes cibles ;
  • de l’existence d’une maladie cardiovasculaire ou rénale associée.

 

Atteinte des organes cibles

L’HTA peut notamment entraîner :

  • cœur : hypertrophie ventriculaire gauche, coronaropathie, insuffisance cardiaque ;
  • cerveau : AVC, AIT, troubles cognitifs ;
  • reins : albuminurie, diminution du DFG, maladie rénale chronique ;
  • artères : athérosclérose, artériopathie périphérique, atteinte aortique ;
  • rétine : rétinopathie hypertensive.

 

Urgence hypertensive

Une pression artérielle très élevée ne constitue pas à elle seule une urgence hypertensive.

L’urgence hypertensive correspond à une élévation sévère de la PA associée à une atteinte aiguë d’un organe cible, par exemple :

  • encéphalopathie hypertensive ;
  • syndrome coronarien aigu ;
  • œdème aigu du poumon ;
  • dissection aortique ;
  • insuffisance rénale aiguë ;
  • certaines situations neurologiques aiguës ;
  • pré-éclampsie ou éclampsie sévère.

 

Elle nécessite une prise en charge médicale urgente et une diminution contrôlée de la pression artérielle.

 

 

VII. Diagnostics différentiels

Une élévation ponctuelle de la pression artérielle ne correspond pas nécessairement à une HTA chronique.

Il faut notamment rechercher :

  • douleur aiguë ;
  • anxiété ou stress ;
  • effort physique récent ;
  • consommation récente de caféine, nicotine ou substances stimulantes ;
  • prise de certains médicaments ;
  • globe vésical ;
  • conditions incorrectes de mesure : brassard inadapté, mauvaise position, absence de repos…

 

Il faut également différencier une HTA persistante :

  • d’une HTA blouse blanche ;
  • d’une élévation tensionnelle transitoire.

 

L’automesure tensionnelle et la MAPA participent à cette distinction.

 

 

VIII. Traitements

L’objectif du traitement est de contrôler la pression artérielle et de réduire le risque de complications cardiovasculaires, cérébrales et rénales.

 

Mesures non médicamenteuses

Elles font partie intégrante de la prise en charge :

  • réduire la consommation de sel ;
  • adopter une alimentation équilibrée, notamment riche en fruits et légumes ;
  • pratiquer une activité physique régulière adaptée ;
  • réduire le poids en cas de surpoids ou d’obésité ;
  • limiter la consommation d’alcool ;
  • arrêter le tabac afin de diminuer le risque cardiovasculaire global.

 

Traitements médicamenteux

Les principales classes d’antihypertenseurs utilisées sont :

  • inhibiteurs de l’enzyme de conversion (IEC) ;
  • antagonistes des récepteurs de l’angiotensine II (ARA II) ;
  • inhibiteurs calciques ;
  • diurétiques thiazidiques ou apparentés.

 

Une association de plusieurs antihypertenseurs est fréquemment nécessaire pour obtenir un contrôle satisfaisant de la PA.

Les bêtabloquants sont notamment utilisés lorsqu’il existe une indication associée : coronaropathie, insuffisance cardiaque, certains troubles du rythme…

D’autres antihypertenseurs peuvent être utilisés dans certaines situations, notamment en cas d’HTA résistante.

En cas d’HTA secondaire, le traitement repose également sur la prise en charge de la cause.

 

Objectifs tensionnels

Les objectifs sont individualisés en fonction de l’âge, de la tolérance au traitement, de la fragilité et des comorbidités.

Chez la majorité des adultes traités, les recommandations européennes récentes proposent, lorsque le traitement est bien toléré, de viser une PAS entre 120 et 129 mmHg.

 

IX. Complications et évolution

Une HTA insuffisamment contrôlée entraîne progressivement des lésions vasculaires et augmente le risque de complications.

 

Complications cardiaques
  • hypertrophie ventriculaire gauche ;
  • maladie coronarienne ;
  • infarctus du myocarde ;
  • insuffisance cardiaque ;
  • troubles du rythme, notamment fibrillation atriale.

 

Complications neurologiques
  • accident ischémique transitoire ;
  • AVC ischémique ou hémorragique ;
  • troubles cognitifs ;
  • démence vasculaire.

 

Complications rénales
  • albuminurie/protéinurie ;
  • maladie rénale chronique ;
  • insuffisance rénale.

 

Complications vasculaires
  • athérosclérose ;
  • artériopathie oblitérante des membres inférieurs ;
  • anévrisme et dissection aortique.

 

Complications oculaires
  • rétinopathie hypertensive ;
  • altération de la vision dans les formes sévères.

 

Le contrôle durable de la pression artérielle permet de réduire le risque de survenue de ces complications.

 

 

X. Prise en charge IDE

L’infirmier joue un rôle important dans le dépistage, la surveillance, l’éducation du patient et l’observance thérapeutique.

 

Surveillance
  • mesurer la PA dans des conditions adaptées et assurer sa traçabilité ;
  • surveiller les autres paramètres vitaux selon le contexte ;
  • rechercher les symptômes associés ;
  • surveiller l’évolution des chiffres tensionnels ;
  • rechercher une hypotension, notamment orthostatique chez les patients à risque ;
  • surveiller l’efficacité et la tolérance des traitements ;
  • surveiller les bilans biologiques prescrits : fonction rénale, kaliémie, natrémie… ;
  • repérer les signes évocateurs d’une complication aiguë.

 

Devant une PA très élevée
  • contrôler la PA dans de bonnes conditions ;
  • vérifier la taille et le positionnement du brassard ;
  • installer le patient au repos ;
  • rechercher une douleur, une anxiété, un globe vésical ou un autre facteur favorisant ;
  • rechercher des signes d’atteinte aiguë d’un organe cible : douleur thoracique, dyspnée, déficit neurologique, troubles de la conscience, troubles visuels importants, diminution de la diurèse… ;
  • alerter le médecin selon les chiffres tensionnels, les symptômes et le contexte clinique ;
  • administrer les traitements prescrits et en surveiller l’efficacité et la tolérance.

 

Éducation du patient
  • expliquer l’importance du contrôle tensionnel même en l’absence de symptômes ;
  • expliquer la technique d’automesure lorsqu’elle est prescrite ou recommandée ;
  • favoriser l’observance du traitement ;
  • rappeler de ne pas interrompre un traitement antihypertenseur sans avis médical ;
  • accompagner les modifications du mode de vie ;
  • informer sur les principaux effets indésirables des traitements ;
  • favoriser un suivi régulier de la PA et des facteurs de risque cardiovasculaire.

Pour résumer (carte mentale)

hypertension artérielle