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UE B.1 · Sciences biomédicales

Lombalgie

Comprendre la lombalgie, ses causes et ses manifestations, identifier les signes de gravité et connaître les principes du diagnostic, des traitements et de la prise en charge infirmière.

SOMMAIRE

Julie VIOLET
Auteure de la fiche · En savoir plus →
Dernière mise à jour : 04/10/2026

I. Définition

La lombalgie correspond à une douleur située dans la région lombaire, au niveau du bas du dos. Elle peut rester localisée ou s’accompagner d’une irradiation vers un ou deux membres inférieurs.

La lombalgie est une affection très fréquente. Dans la majorité des cas, il s’agit d’une lombalgie commune, c’est-à-dire d’une lombalgie sans cause spécifique grave identifiée.

Selon la durée d’évolution, on distingue :

  • la lombalgie aiguë : évolution jusqu’à 4 à 6 semaines ;
  • la lombalgie subaiguë : évolution entre 4 à 6 semaines et 12 semaines ;
  • la lombalgie chronique : évolution depuis plus de 3 mois.

 

Le terme poussée aiguë de lombalgie désigne l’apparition d’une douleur lombaire ou l’aggravation temporaire d’une lombalgie préexistante, y compris chez une personne présentant une lombalgie chronique.

II. Physiopathologie

Dans la majorité des cas, la lombalgie est une lombalgie commune. La douleur peut provenir de différentes structures du rachis lombaire et des tissus environnants, sans qu’une lésion anatomique précise puisse toujours être identifiée.

Plusieurs structures peuvent être impliquées :

  • muscles et ligaments ;
  • disques intervertébraux ;
  • articulations vertébrales ;
  • structures osseuses.

 

La douleur peut être favorisée par des contraintes mécaniques, une sollicitation excessive du rachis ou des phénomènes dégénératifs.

Une irritation ou une compression d’une racine nerveuse peut provoquer une douleur irradiant dans le membre inférieur : on parle de radiculalgie.

Principales radiculalgies
Sciatique L5 · S1

Douleur irradiant dans le membre inférieur selon le territoire d'une racine du nerf sciatique.

Cruralgie L3 · L4

Douleur irradiant principalement sur la face antérieure de la cuisse.

Atteinte neurologique

Une radiculalgie peut s'accompagner de paresthésies, de troubles sensitifs ou d'un déficit moteur selon la racine atteinte.

Causes spécifiques

Plus rarement, la lombalgie peut être secondaire à une cause spécifique :

  • traumatique ;
  • inflammatoire ;
  • infectieuse ;
  • tumorale ;
  • neurologique.

 

Ces causes sont minoritaires par rapport aux lombalgies communes, mais leur identification est importante car elles peuvent nécessiter une prise en charge spécifique ou urgente.

La présence de signes d’alerte doit faire rechercher une cause spécifique.

III. Facteurs de risque

Plusieurs facteurs peuvent favoriser la survenue ou la récidive d’une lombalgie :

  • manutention et port répété de charges ;
  • efforts physiques importants ;
  • mouvements répétés du rachis ;
  • postures contraignantes ou prolongées ;
  • vibrations transmises au corps entier ;
  • manque d’activité physique et déconditionnement.

 

Les facteurs favorisant l’apparition d’une lombalgie doivent être distingués des facteurs associés à un risque de persistance de la douleur et de chronicisation.

FACTEURS DE CHRONICISATION
Facteurs psychosociaux (« drapeaux jaunes »)

Les « drapeaux jaunes » sont des facteurs psychosociaux associés à un risque accru de passage à la chronicité et d'incapacité prolongée.

01
Problèmes émotionnels Anxiété, dépression, stress ou tendance au retrait des activités sociales
02
Croyances inadaptées Représentations négatives de la douleur et de ses conséquences
03
Comportements d'évitement Évitement ou réduction de l'activité liés à la peur de la douleur
04
Problèmes professionnels Insatisfaction au travail ou environnement professionnel perçu comme défavorable
La recherche précoce de ces facteurs participe à l'évaluation du risque de persistance de la douleur et d'incapacité prolongée.

IV. Signes cliniques

La lombalgie se manifeste principalement par une douleur de la région lombaire, d’intensité variable. Elle peut apparaître brutalement ou progressivement et être favorisée ou majorée par certains mouvements et certaines positions.

Elle peut s’accompagner de :

  • raideur lombaire ;
  • contractures musculaires ;
  • limitation des mouvements du rachis ;
  • gêne lors des activités quotidiennes.

 

La douleur peut rester localisée au bas du dos ou être associée à une irradiation dans un membre inférieur en cas de radiculalgie.

 

Radiculalgie associée

Une atteinte radiculaire peut entraîner, en plus de la douleur irradiée :

  • paresthésies ;
  • troubles de la sensibilité ;
  • diminution de la force musculaire.

 

La topographie des symptômes dépend de la racine nerveuse atteinte.

!
SIGNES D'ALERTE
Signes cliniques nécessitant une attention particulière

Certains signes associés à une lombalgie peuvent orienter vers une atteinte neurologique sévère ou une cause spécifique.

01 Déficit moteur important ou progressif
02 Troubles urinaires ou sphinctériens
03 Anesthésie ou troubles sensitifs de la région périnéale
04 Douleur progressive, au repos ou à prédominance nocturne
05 Fièvre ou altération de l'état général
06 Perte de poids inexpliquée
La présence de ces signes doit conduire à rechercher rapidement une complication neurologique ou une cause spécifique de la lombalgie.

V. Diagnostic

Le diagnostic de lombalgie repose principalement sur l’interrogatoire et l’examen clinique.

L’interrogatoire précise :

  • les circonstances d’apparition et l’ancienneté de la douleur ;
  • sa localisation, son intensité et son évolution ;
  • son caractère mécanique ou non ;
  • la présence d’une irradiation dans un membre inférieur ;
  • les symptômes neurologiques associés ;
  • les antécédents et le contexte clinique ;
  • la présence de signes pouvant orienter vers une cause spécifique.

 

L’examen clinique évalue la mobilité du rachis, la douleur et son retentissement fonctionnel. En présence d’une radiculalgie, l’examen recherche également un déficit moteur ou sensitif.

 

Examens d’imagerie

Une imagerie du rachis lombaire n’est pas systématique devant une poussée aiguë de lombalgie sans signe d’alerte, y compris lorsqu’elle est associée à une radiculalgie.

Une imagerie peut être indiquée en fonction du contexte clinique lorsqu’une cause spécifique ou une complication est suspectée.

IMAGERIE
Quand réaliser une imagerie ?
Poussée aiguë sans signe d'alerte
Pas d'imagerie systématique

L'imagerie n'est pas recommandée systématiquement, avec ou sans radiculalgie.

Suspicion de cause spécifique
Imagerie selon le contexte

L'examen est choisi en fonction de la situation clinique et de la pathologie recherchée.

Lombalgie chronique
IRM privilégiée

En cas de lombalgie chronique de plus de 3 mois, une imagerie peut être indiquée. L'IRM est privilégiée ; le scanner peut être utilisé lorsque l'IRM est contre-indiquée.

Attention : les anomalies observées à l'imagerie ne sont pas toujours responsables des symptômes et doivent être interprétées en fonction du contexte clinique.

VI. Évaluation de la gravité

L’évaluation de la gravité repose sur la recherche de signes d’alerte (« drapeaux rouges ») pouvant évoquer une cause spécifique ou une complication neurologique.

Une attention particulière est portée à la présence :

  • d’un déficit moteur important ou progressif ;
  • de troubles sensitifs étendus ou inhabituels ;
  • de troubles urinaires ou sphinctériens ;
  • d’une anesthésie ou hypoesthésie périnéale ;
  • d’une douleur non mécanique, progressive ou à prédominance nocturne ;
  • d’une fièvre ou d’une altération de l’état général ;
  • d’une perte de poids inexpliquée ;
  • d’un antécédent de cancer ;
  • d’un traumatisme important ;
  • d’une prise prolongée de corticoïdes ;
  • d’un contexte de toxicomanie intraveineuse.

 

La présence d’un de ces éléments doit être interprétée en fonction du contexte clinique. Un signe isolé ne permet pas, à lui seul, d’affirmer l’existence d’une pathologie grave.

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URGENCE
Syndrome de la queue de cheval

Le syndrome de la queue de cheval correspond à une compression des racines nerveuses situées dans la partie basse du canal rachidien. Il constitue une urgence diagnostique et thérapeutique.

01
Troubles sensitifs périnéaux Hypoesthésie ou anesthésie en selle
02
Troubles urinaires Rétention urinaire ou incontinence
03
Troubles sphinctériens Altération du contrôle des sphincters
04
Déficit neurologique Troubles sensitifs ou déficit moteur des membres inférieurs
La prise en charge doit être rapide afin de limiter le risque de séquelles neurologiques permanentes.

VII. Diagnostics différentiels

Une douleur lombaire n’est pas toujours liée à une lombalgie commune. Certaines pathologies rachidiennes ou extra-rachidiennes peuvent se manifester par une douleur de la région lombaire.

Les principaux diagnostics différentiels comprennent :

  • une fracture vertébrale, en particulier dans un contexte traumatique ou d’ostéoporose ;
  • une pathologie inflammatoire du rachis ;
  • une infection vertébrale ;
  • une pathologie tumorale vertébrale ;
  • une pathologie rénale ou urinaire ;
  • une pathologie abdominale ou pelvienne.

 

L’interrogatoire et l’examen clinique permettent d’orienter le diagnostic en recherchant des symptômes associés et un contexte évocateur.

DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL
Une douleur lombaire peut avoir plusieurs origines
Origine rachidienne
01 Fracture vertébrale
02 Pathologie inflammatoire
03 Infection vertébrale
04 Pathologie tumorale
Origine extra-rachidienne

Certaines pathologies peuvent provoquer une douleur ressentie dans la région lombaire alors que son origine se situe en dehors du rachis.

01 Pathologie rénale ou urinaire
02 Pathologie abdominale
03 Pathologie pelvienne

VIII. Traitements

La prise en charge de la lombalgie vise à soulager la douleur, maintenir les capacités fonctionnelles et favoriser la reprise des activités. Elle dépend de la durée d’évolution, du retentissement de la douleur et de l’existence éventuelle d’une cause spécifique.

 

Activité physique

Le maintien ou la reprise progressive d’une activité physique adaptée constitue un élément essentiel de la prise en charge de la lombalgie commune.

Le repos au lit prolongé est déconseillé. Les activités quotidiennes et professionnelles sont reprises progressivement, en fonction des capacités de la personne.

 

Traitement médicamenteux

Un traitement antalgique peut être utilisé afin de contrôler la douleur et permettre le maintien des activités.

Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) peuvent être utilisés lors d’un épisode douloureux après évaluation du rapport bénéfice/risque et des contre-indications. Ils sont prescrits à la dose minimale efficace pendant la durée la plus courte possible.

 

Kinésithérapie et rééducation

Une prise en charge active par kinésithérapie et exercices peut être proposée, en particulier en cas de symptômes persistants, de récidives ou de risque de chronicisation.

Elle vise à améliorer la mobilité, renforcer les capacités physiques et favoriser la reprise des activités.

PRISE EN CHARGE
Maintenir le mouvement au centre du traitement

Dans la lombalgie commune, l'objectif est de préserver les capacités fonctionnelles et de favoriser une reprise progressive des activités.

01
Rester actif

Maintenir ou reprendre progressivement une activité physique adaptée.

02
Soulager la douleur

Utiliser les traitements antalgiques adaptés afin de faciliter la mobilisation et les activités.

03
Favoriser la récupération

Recourir si nécessaire à une prise en charge active par exercices et kinésithérapie.

Le repos au lit prolongé est déconseillé : l'inactivité peut favoriser le déconditionnement physique et retarder la récupération fonctionnelle.
Traitement chirurgical

La chirurgie n’est pas un traitement systématique de la lombalgie commune.

Elle peut être indiquée dans certaines situations particulières, en particulier en présence d’une compression neurologique sévère, d’un syndrome de la queue de cheval ou d’une cause spécifique nécessitant un traitement chirurgical.

IX. Complications et évolution

L’évolution d’une lombalgie commune est le plus souvent favorable. La majorité des épisodes aigus s’améliorent en quelques semaines, mais des récidives sont possibles.

L’évolution peut cependant être marquée par :

  • une persistance des douleurs ;
  • un passage à la lombalgie chronique ;
  • une limitation des activités quotidiennes ;
  • une diminution des capacités fonctionnelles ;
  • un retentissement professionnel et psychosocial.

 

En cas d’atteinte radiculaire, l’évolution est généralement favorable, mais certaines formes peuvent se compliquer d’une atteinte neurologique.

COMPLICATIONS
Complications neurologiques à identifier

Une compression importante d'une racine nerveuse peut entraîner des manifestations neurologiques nécessitant une évaluation médicale rapide.

01
Radiculalgie hyperalgique Douleur radiculaire très intense, difficile à contrôler malgré un traitement antalgique adapté.
02
Radiculalgie paralysante Apparition d'un déficit moteur traduisant une atteinte neurologique.
03
Syndrome de la queue de cheval Compression de plusieurs racines nerveuses pouvant entraîner des troubles sensitifs périnéaux, moteurs et sphinctériens.
Un déficit moteur récent ou progressif, des troubles sphinctériens ou une anesthésie en selle constituent des signes d'alerte nécessitant une prise en charge rapide.

X. Prise en charge IDE

La prise en charge infirmière vise à évaluer la douleur et son retentissement, surveiller l’apparition de signes neurologiques, administrer les traitements prescrits et favoriser le maintien de l’autonomie.

 

Surveillance

L’infirmier évalue et surveille :

  • l’intensité, la localisation et l’évolution de la douleur ;
  • la présence d’une irradiation dans un membre inférieur ;
  • la mobilité et le retentissement sur les activités quotidiennes ;
  • l’apparition de paresthésies ou de troubles sensitifs ;
  • l’apparition ou l’aggravation d’un déficit moteur ;
  • l’apparition de troubles urinaires ou sphinctériens ;
  • la présence d’une anesthésie ou hypoesthésie périnéale ;
  • la température et l’état général.

 

L’apparition d’un déficit neurologique, de troubles sphinctériens ou de troubles sensitifs périnéaux nécessite une alerte médicale rapide.

 

Soins et traitements

L’infirmier assure :

  • l’administration des traitements prescrits ;
  • l’évaluation de leur efficacité sur la douleur ;
  • la surveillance de leurs effets indésirables ;
  • l’installation dans une position confortable ;
  • l’aide à la mobilisation lorsque celle-ci est nécessaire ;
  • l’accompagnement vers une reprise progressive de l’autonomie.
ÉDUCATION DU PATIENT
Messages essentiels

L'information et l'accompagnement participent à la prise en charge et à la prévention de la chronicisation.

01
Maintenir une activité adaptée Encourager le maintien ou la reprise progressive des activités selon les capacités de la personne.
02
Éviter le repos prolongé Expliquer que le repos au lit prolongé n'est pas recommandé dans la lombalgie commune.
03
Favoriser la reprise de l'autonomie Adapter progressivement les activités quotidiennes et limiter l'inactivité liée à la peur de la douleur.
04
Connaître les signes d'alerte Consulter rapidement en cas de déficit moteur, troubles sphinctériens, troubles sensitifs périnéaux, fièvre ou aggravation inhabituelle des symptômes.
L'objectif est de favoriser le mouvement et l'autonomie tout en repérant rapidement les situations nécessitant une évaluation médicale.

Pour résumer

lombalgie