Anti-inflammatoires stéroïdiens (AIS)

Anti-inflammatoires stéroïdiens (AIS)

Sources

Anti-inflammatoires stéroïdiens sur vidal.fr

Corticoïdes : les points essentiels sur pharmacomedicale.org

Méga guide pharmaco infirmier, Laurent Chouchana, 2016, Elsevier Masson

Mémo infirmier, pharmacologie et thérapeutiques, Thibault Caruba & Emmanuel Jaccoulet, 2015, Elsevier Masson

Pathologies et thérapeutiques en soins infirmiers, Kim Quintero Y Perez, 2018, Elsevier Masson

Recommandations corticothérapie et corticoïdes 2024 sur recomedicales.fr

Julie VIOLET

Mis à jour le 08/07/2026

Qu’est-ce qu’un corticoïde ?

Vidéo Youtube – LinExplain

I. Définition

Les corticoïdes, également appelés glucocorticoïdes ou anti-inflammatoires stéroïdiens (AIS), sont des médicaments dérivés du cortisol, hormone naturellement sécrétée par le cortex des glandes surrénales.

Ils reproduisent les effets du cortisol naturel tout en possédant une puissance anti-inflammatoire et immunosuppressive souvent plus importante.

 

II. Mécanisme d’action

Les corticoïdes diffusent facilement à l’intérieur des cellules.

Ils se fixent sur des récepteurs intracellulaires, puis le complexe médicament-récepteur agit directement sur l’ADN. Ils modifient ainsi la synthèse de nombreuses protéines impliquées dans la réponse inflammatoire et immunitaire.

Ils entraînent notamment :

  • une diminution de la synthèse des prostaglandines ;
  • une diminution des leucotriènes ;
  • une diminution des cytokines pro-inflammatoires ;
  • une diminution de la migration des leucocytes vers les tissus inflammatoires ;
  • une diminution de la perméabilité capillaire ;
  • une inhibition de nombreuses cellules immunitaires.

 

Le résultat est une diminution rapide de la réaction inflammatoire et de la réponse immunitaire.

 

III. Propriétés pharmacologiques

Action anti-inflammatoire

C’est leur propriété principale. Ils n’agissent cependant pas sur la cause de l’inflammation.

Ils diminuent :

  • la douleur ;
  • la rougeur ;
  • la chaleur ;
  • l’œdème ;
  • la réaction inflammatoire.

 

Action immunosuppressive

Les corticoïdes diminuent l’activité du système immunitaire. En contrepartie, ils augmentent le risque infectieux.

Cette propriété est recherchée dans :

  • les maladies auto-immunes ;
  • les greffes d’organes ;
  • certaines maladies inflammatoires chroniques.

 

Action antiallergique

Les corticoïdes diminuent la réaction allergique en limitant la libération des médiateurs de l’inflammation.

Ils sont utilisés notamment dans :

  • l’asthme ;
  • les réactions allergiques sévères ;
  • les œdèmes inflammatoires.

 

Action antioedémateuse

En diminuant la perméabilité des capillaires, les corticoïdes limitent la formation des œdèmes.

Cette propriété explique leur utilisation dans :

  • l’œdème cérébral ;
  • certaines compressions neurologiques ;
  • les inflammations ORL.

 

Action antiproliférative

Ils diminuent la prolifération de certaines cellules inflammatoires.

Cette propriété est notamment utilisée en dermatologie.

 

IV. Principales molécules

Hydrocortisone (Hydrocortisone®)

Prednisone (Cortancyl®)

Prednisolone (Solupred®)

Méthylprednisolone (Medrol®, Solumedrol®)

Bétamethasone (Betnesol®, Célestène®)

Dexaméthasone (Dectancyl®, Neodex®)

Triamcinolone (Kenacort®)

Les corticoïdes existent sous différentes formes : comprimés, solutions buvables, formes injectables, pommades et crèmes, collyres, sprays nasaux, formes inhalées.

Le choix de la molécule dépend de la pathologie, de la voie d’administration, de la durée du traitement et de la puissance anti-inflammatoire recherchée.

 

V. Indications

Rhumatologie : polyarthrite rhumatoïde, pseudo-polyarthrite rhizomélique, maladie de Horton, lupus, vasculaires, poussées inflammatoires

Pneumologie : asthme, exacerbation de BPCO, sarcoïdose, pneumopathies interstitielles

Allergologie : urticaire aiguë sévère, oedème de Quincke, choc anaphylactique, rhinite allergique

Dermatologie : psoriasis, eczéma, dermatites inflammatoires, pemphigoïde

Gastro-entérologie : maladie de Crohn, rectocolite hémorragique, hépatite auto-immunes

Neurologie : poussée de scléroses en plaques, oedème cérébral, compression médullaire

Hématologie : purpura thrombopénique immunologique, certaines hémopathies malignes

Transplantation d’organes : traitement curatif ou prophylactique du rejet de greffe

Cancérologie : diminution de certaines oedèmes, diminution des nausées liées à la chimiothérapie, amélioration du confort de certains patients

Urgences : laryngite aiguë, oedème inflammatoire, exacerbation sévère d’asthme, certaines réactions allergiques sévères

 

VI. Contre-indications

Les contre-indications absolues aux corticoïdes sont peu nombreuses. En revanche, de nombreuses situations nécessitent une évaluation du rapport bénéfice/risque et une surveillance renforcée.

Selon la molécule, la dose et la durée du traitement, les principales contre-indications sont :

  • hypersensibilité au principe actif ;
  • infections systémiques non contrôlées ;
  • administration concomitante de certains vaccins vivants chez les patients recevant une corticothérapie immunosuppressive.

 

Les contre-indications peuvent varier selon la voie d’administration et la spécialité pharmaceutique.

 

VII. Effets indésirables

Les effets indésirables dépendent principalement : de la dose, de la durée du traitement, de la voie d’administration et de la sensibilité du patient. 

Ils sont généralement peu fréquents lors des traitements courts, mais deviennent plus importants lors des traitements prolongés.

Troubles :

  • Métaboliques : rétention hydrosodée, oedèmes, hyperglycémie, diabète cortico-induit, hypokaliémie, augmentation de l’appétit, prise de poids ;
  • Endocriniens : syndrome de Cushing iatrogène, insuffisance surrénalienne secondaire, retard de croissance chez l’enfant, troubles mensuels ;
  • Cardiovasculaires : hypertension artérielle, aggravation d’une insuffisance cardiaque, rétention hydrosodée, augmentation du risque cardiovasculaire lors des traitements prolongés ;
  • Digestifs : douleurs gastriques, gastrite, ulcère gastro-duodénal, hémorragie digestive (surtout en association avec les AINS) ;
  • Osseux et musculaires : ostéoporose, fractures, ostéonécrose aseptique de la tête fémorale, faiblesse musculaire, amyotrophie ;
  • Cutanés : peau fine et fragile, ecchymoses faciles, vergetures pourpres, retard de cicatrisation, acné, hypertrichose ;
  • Ophtalmologiques : cataracte, glaucome ;
  • Neuropsychiatriques : insomnie, agitation, nervosité, euphorie, irritabilité, anxiété, syndrome dépressif, confusion, plus rarement psychose cortisonique.

 

Les corticoïdes diminuent les défenses immunitaires, ils augmentent donc le risque :

  • d’infections bactériennes ;
  • d’infections virales ;
  • d’infections fongiques ;
  • de réactivation d’une tuberculose latente.

 

VII. Interactions médicamenteuses

Les corticoïdes présentent de nombreuses interactions. 

Anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) : augmentation du risque d’ulcère et d’hémorragie digestive

Anticoagulants : modification possible de l’effet anticoagulant.

Antidiabétiques : les corticoïdes augmentent la glycémie, une adaptation du traitement antidiabétique est parfois nécessaire.

Diurétiques hypokaliémiants : attention au risque d’hypokaliémie majoré avec les corticoïdes.

Vaccins vivants atténués : ils sont contre-indiqués chez les patients recevant une corticothérapie immunosuppressive.

 

VIII. Administration

La corticothérapie doit toujours être prescrite à la dose minimale efficace et pendant la durée la plus courte possible.

  • Prise le matin : afin de respecter le rythme physiologique du cortisol et limiter le freinage de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien.
  • Pendant le repas : pour limiter les irritations gastriques.

 

Une corticothérapie prolongée ne doit jamais être arrêtée brutalement. L’arrêt est progressif afin de permettre aux glandes surrénales de reprendre leur fonctionnement normal. 

 

IX. Surveillance

La surveillance dépend de la durée du traitement.

Surveillance clinique : efficacité du traitement, poids, tension artérielle, oedèmes, glycémie, température, signes infectieux, douleurs gastriques, apparition d’ecchymoses, état cutané, force musculaire, sommeil, humeur et comportement.

Surveillance biologique : glycémie, ionogramme sanguin (notamment kaliémie), NFS, fonction rénale, bilan hépatique.

Une ostéodensitométrie peut être proposée lors des traitements prolongés.

 

X. Prévention des complications

Chez les patients recevant une corticothérapie prolongée, il peut être associé :

  • une supplémentation en calcium ;
  • une supplémentation en vitamine D ;
  • parfois un traitement de prévention de l’ostéoporose ;
  • parfois une protection gastrique selon les facteurs de risque.

Pour résumer (carte mentale)

corticoïdes